Les plateformes contributives à travers la perspective de la théorie C-K

de Benjamin Lorre, Université Paris Nanterre

L’évolution des pratiques et des représentations scientifiques en rapport avec l’activité de conception fait appel à plusieurs théoriciens qui ont réfléchi aux modèles visant à améliorer les processus de production des biens et des services voire des objets techniques.

Comme l’indique Le Masson, Hatchuel et Weil (2014), plusieurs théories de la conception ont pu être développées depuis les années antérieures avec des écoles et des courants épistémologiques à l’échelle internationale : « depuis  une  vingtaine  d’années  les  théories  de  la  conception  ont  connu  un  renouveau important, autour des écoles théoriques japonaise (general design theory (Yoshikawa 1981; Tomiyama et Yoshikawa 1986), américaine (axiomatic design (Suh 1990; Suh 2001) – vue au chapitre précédent), israélienne (Coupled Design process (Braha et Reich 2003) et Infused Design, (Shai et Reich 2004a; Shai et Reich 2004b)) et française (théorie C-K, Hatchuel et Weil 2003) » (Le Masson, Weil et Hatchuel, 2014).

Si ces différentes théories de la conception sont toutes très intéressantes, la théorie française de la conception C-K, développée au Centre de Gestion Scientifique de l’Ecole des Mines de Paris par Armand Hatchuel et Benoit Weil dès les années 1990, donne un éclairage sur la manière dont un produit peut être développé dans le milieu de l’entreprise et avec la participation de nombreux acteurs de la conception. Ce qui la caractérise, c’est le fait de pouvoir mettre en dialogues différents professionnels de la conception comme les designers, les ingénieurs et les architectes de manière indépendante, c’est à dire extérieur à la manipulation et à la conception des objets qu’ils peuvent concevoir. En effet, à l’origine la théorie C-K concernait une « théorie unifiée de la conception » (Le Masson, Weil et Hatchuel, 2014) avec l’idée de rassembler des logiques créatives de l’artiste, du designer et celle de la modélisation et de la création de connaissance liées à l’ingénieur. Ainsi, cette théorie permet de rapprocher deux logiques de conception et de créativité : l’une dite artistique avec la capacité de découverte de monde nouveau et l’autre de l’ingénieur avec la capacité à créer de nouveaux savoirs.  

Du point de vue de son application, elle fonctionne en rapprochant les logiques d’un espace dit C, celui des concepts, avec celui d’un deuxième espace dit K qui correspond à l’espace des connaissances et qui s’articule à travers un ensemble d’interactions existantes.En définitive, son raisonnement est basé sur celui de la conception qui met en relation plusieurs acteurs, voire des collectifs d’acteurs pour la réalisation d’un bien ou d’un service.

En lien avec les plateformes contributives, l’intérêt de cette théorie est d’identifier le processus de conception interne des plateformes en observant « l’activité de conception ». Il s’agit d’étudier également la mise en relation et la coopération des acteurs impliqués dans le développement de l’objet technique en suivant les différentes situations concrètes de conception des plateformes.

Bibliographie

Hatchuel Armand et Weil Benoit. 2008. Les nouveaux régimes de la conception. Langages, théories,métiers. Vuibert, Cerisy

Le Masson Pascal, Weil Benoit, Hatchuel Armand. 2014. Théorie, méthodes et organisations de la conception. Science de la conception. Presses des Mines. 462 p

Rosier Rodolphe. 2005. Vers une théorie unifiée de la conception ? La théorie C-K. Séminaire Coconuts, Grenoble. 10 p